PEOPLE AT WORK & SANTÉCLAIR : La santé au travail, une évolution culturelle au service de la stratégie des entreprises
Santé mentale, prévention, hybridation du travail, espaces de travail, attractivité des talents, absentéisme, performance : les organisations découvrent que la santé n’est plus un coût à maîtriser mais un actif à piloter. C’est l’un des enseignements majeurs de la table ronde organisée par People at Work avec Frédéricke Sauvageot, Directrice de la QVCT du Domaine Immobilier et des Espaces de Travail chez Orange, Christian Acknin, Directeur Général de Santéclair et Franck Berté, DRH indépendant.
La fin d’un sujet abordé en périphérie
La santé au travail a changé de catégorie. Longtemps portée par les médecins du travail et les équipes RH, elle irrigue désormais l’ensemble des décisions de l’entreprise : management, immobilier, organisation du travail, transformation, RSE ou encore expérience collaborateur.
Pour Frédéricke Sauvageot, Directrice QVCT, Immobilier et Espaces de travail chez Orange, nous assistons à un véritable changement de paradigme : « ce n’est plus seulement du ressort des médecins ou des RH. Les managers, les directions immobilières, les responsables RSE ou de la transformation ont tous leur part de responsabilité. » Derrière cette évolution se cache une question centrale : comment les décisions prises par l’entreprise impactent-elles concrètement le travail réel des collaborateurs ?
Prévenir plutôt que réparer
Pour Christian Acknin, la prévention est devenue un impératif économique autant qu’humain. Face à l’augmentation des dépenses de santé, aux difficultés d’accès aux soins et à la progression des maladies chroniques, les entreprises prennent conscience que la prévention constitue un levier activable.
La prévention efficace ne commence ni par une campagne de communication ni par une action ponctuelle. Elle commence par la mesure. « Une entreprise doit d’abord être capable d’évaluer sa situation avant de mettre en place des actions. Dans un même secteur, les besoins peuvent être totalement différents d’une entreprise à l’autre. »
L’un des enseignements forts de la soirée est d’ailleurs la nécessité d’installer des dispositifs d’écoute et de mesure continus afin d’identifier les signaux faibles avant qu’ils ne deviennent des risques avérés.
L’hybridation du travail crée un nouveau défi invisible
Si le travail hybride a apporté davantage de flexibilité, il a aussi fait émerger de nouvelles fragilités. Pour Frédéricke Sauvageot, le sujet ne se limite pas au télétravail :
« plus on mutualise les espaces et plus les salariés peuvent perdre leurs repères. Avant même de travailler, ils doivent parfois dépenser de l’énergie pour retrouver leurs conditions de travail. »
Derrière les bureaux partagés, les espaces flexibles ou les nouvelles organisations se cache parfois un coût invisible : celui de l’adaptation permanente.
Recherche d’une place, gestion des interruptions, reconstitution des liens collectifs, besoin d’ancrage… autant de micro-efforts qui s’accumulent et pèsent sur la charge mentale.
La bonne pratique ? Concevoir les espaces à partir des usages réels plutôt qu’à partir d’un collaborateur « moyen » qui n’existe pas.
Quand le bruit parle d’autre chose
L’un des moments les plus marquants de la table ronde a porté sur la psychoacoustique.
Car lorsqu’un salarié se plaint du bruit, il ne parle pas toujours du bruit.
« Les salariés ne nous parlent pas de décibels. Ils nous parlent d’intimité, d’attention, de concentration ou de reconnaissance », explique Frédéricke Sauvageot.
La qualité d’un environnement de travail ne dépend donc pas uniquement de critères techniques. Elle dépend aussi du sentiment de contrôle, de l’organisation du travail et de la possibilité pour chacun de trouver l’espace correspondant à ses besoins du moment.
Une leçon précieuse pour toutes les entreprises qui continuent de penser les espaces uniquement sous l’angle immobilier.
Santé mentale : le temps du tabou est terminé
Fatigue cognitive, surcharge mentale, isolement, perte de sens ou tensions managériales sont désormais des sujets ouvertement abordés dans les entreprises. Pour Christian Acknin, le mouvement est profond. Plusieurs solutions portées par Santéclair enrichissent désormais les contrats santé : « accès simplifié à des psychologues, dispositifs d’accompagnement intégrés aux contrats santé, solutions digitales validées scientifiquement. »
Mais la santé mentale concerne également les managers.
« Le manager est devenu un point de compression », observe Franck Berté. « On lui demande davantage de résultats, davantage de transformation et davantage de performance. Si on ne l’accompagne pas, il peut lui-même se retrouver en difficulté. »
Les signaux faibles valent plus que les tableaux de bord
Autre enseignement majeur : les indicateurs RH arrivent souvent trop tard.
Absentéisme, turnover ou accidents du travail sont des conséquences. Ce ne sont pas des alertes précoces. Un changement de comportement, une surcharge récurrente, un désengagement progressif ou une fatigue inhabituelle sont souvent les premiers symptômes d’une dégradation plus profonde.
Les entreprises les plus avancées cherchent aujourd’hui à capter ces signaux avant qu’ils ne se transforment en problèmes de santé ou en ruptures organisationnelles.
La santé devient un levier de performance
La formule aurait pu sembler provocatrice il y a quelques années. Elle est aujourd’hui assumée : «performance et santé ne s’opposent pas. Le travail doit être un vecteur de santé et non une source de souffrance. », selon Christian Acknin.
Dans un contexte de tensions sur les talents, de transformation permanente et de recherche d’engagement, la santé devient un facteur de compétitivité.
Demain, piloter la santé comme on pilote la performance ?
La question prospective qui a clôturé les échanges résume probablement le défi des prochaines années.
Et si la santé devenait demain un indicateur de suivi en comité exécutif avec la même attention que les indicateurs financiers ou commerciaux ?
Pour Frédéricke Sauvageot, l’avenir appartient aux organisations capables d’écouter les plus sensibles.
« Plus on s’attache à écouter les signaux faibles des plus sensibles, plus on est en mesure de développer des solutions qui bénéficieront au plus grand nombre. »
Pour Franck Berté, le DRH doit exiger plus de son contrat santé auprès de son conseil en protection sociale. Il est le garant de l’alignement entre les besoins de l’entreprise, l’assureur, le gestionnaire et la plateforme, socle de la qualité et de la performance d’un contrat santé augmenté.