Influence, leadership : l’impact du temps long

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Conseil depuis plus de 15 ans de grands groupes et des dirigeants exposés médiatiquement, Sonia Fellmann, Fondatrice du cabinet Circeum, défend une vision exigeante des métiers de l’influence. Une communication cohérente et sincère, ancrée dans la durée, une approche où la parole devient un levier immédiat de leadership à long terme.

Par Anne-Cécile Huprelle

Dans votre parcours, quels ont été les moments ou les rencontres qui vous ont le plus appris sur la communication et l’influence ?

J’ai eu la chance de commencer ma carrière de consultante au sein de DGM Conseil, le cabinet qui a quasiment inventé le métier de conseil en influence en France. Les clients fondateurs du cabinet incarnaient l’économie française dans ce qu’elle a de plus exigeant, et les problématiques ou crises traitées étaient immédiatement au cœur de l’actualité. Une école intense, parfois rugueuse, mais qui a forgé les contours de ce que sont aujourd’hui mes réflexes de communicante. Mon métier est aussi, profondément, un métier de rencontres et de mises en relation J’aime cette idée de créer du lien là où il manque – et il manque souvent.

Vous accompagnez des entreprises très différentes, du luxe à la tech en passant par l’environnement. Quels sont aujourd’hui les fondamentaux d’une communication corporate crédible, quel que soit le secteur ?

Pour moi, tout repose sur l’alignement. Alignement entre la vision du dirigeant, le narratif de l’entreprise et la culture incarnée et vécue au quotidien par les salariés. La pression sur un dirigeant est telle que s’il ne prend pas assez le temps de cette mise en cohérence – entre ce qu’il dit, ce qu’il est et ce que l’entreprise vit réellement, il prend le risque d’un manque de légitimité et d’impact, et particulièrement en période de crise. C’est toute la beauté de mon métier : il n’y a pas deux cas identiques. Mais l’expérience accumulée vient nourrir chaque nouvelle réflexion. Et c’est ce qui fait que j’y mets encore toute cette passion.

À l’heure des réseaux sociaux et de l’instantanéité, comment construire une parole de dirigeant qui soit à la fois stratégique, incarnée et sincère ?

La sincérité ne s’improvise pas. Elle se prépare. Un dirigeant qui prend la parole, sur quelque support que ce soit, doit pouvoir s’appuyer sur un narratif solide, travaillé en amont, qui traduit finalement qui il est et ce que porte son entreprise. Les réseaux sociaux ne changent pas cette équation fondamentale : ils l’accélèrent et l’amplifient. Le rôle du dirigeant n’est pas de réagir à tout ce qui se dit – c’est à ses équipes de le faire pour lui. Son rôle est d’incarner une parole juste, cohérente dans le temps, qui résiste à l’instantanéité ambiante. C’est précisément ce qui la rend stratégique et durable.

Vous parlez d’« influence » au sens noble du terme. Selon vous, qu’est-ce qu’une influence utile et durable pour une entreprise aujourd’hui ?

L’influence telle que je la conçois, c’est-à-dire faire exister les dirigeants et leur organisation dans le débat public, se construit dans la durée, loin de toute urgence et de tout état de stress. Plus le narratif est réfléchi et solide en amont, plus les actions qui en découlent sont cohérentes et efficaces. Les fils à tirer sont alors presque infinis – chaque prise de parole, chaque relation, chaque initiative ou activation vient renforcer l’ensemble. C’est un travail sur le temps long, qui demande de la patience mais qui produit des résultats d’une toute autre solidité que la communication de réaction.

Après avoir accompagné de nombreux dirigeants et groupes exposés médiatiquement, qu’est-ce qui distingue, selon vous, les leaders qui laissent réellement une empreinte ?

Nous avons la chance en France d’avoir de grands dirigeants, très attachés au patrimoine culturel et au rayonnement du pays. Mais ce qui distingue ceux qui laissent une empreinte durable, c’est autre chose : une forme de conscience élargie de leur rôle. Ils intègrent le fait que leurs décisions ont un impact bien au-delà des résultats financiers – sur leurs collaborateurs, sur leur environnement proche, sur leurs clients ou actionnaires et les territoires qu’ils habitent. Elle est là, la puissance d’un véritable dirigeant, c’est finalement la plus belle définition du leadership.

Le nom CIRCEUM évoque le lien et la transmission. Quelle trace souhaitez- vous, personnellement, laisser à travers votre métier et les dirigeants que vous accompagnez ?

C’est un nom qui me ressemble ! Il porte l’idée du cercle, du lien, de ce qui circule et se transmet. La trace que je laisse est discrète mais durable ! Ce sont des dirigeants qui ont trouvé leur juste parole, des entreprises qui communiquent avec plus de cohérence et d’authenticité, des liens créés totalement inattendus. Si j’ai contribué à cela, ma mission est remplie. Et je vais continuer à exercer mon métier de cette façon.