La seconde carrière devient la norme
Temps partiel choisi, temps partagé, indépendance, reconversion, cumul d’activités… Après 50 ans, de plus en plus de professionnels s’éloignent des trajectoires linéaires traditionnelles. Qu’ils soient motivés par une quête de sens, un meilleur équilibre de vie ou les réalités du marché de l’emploi, ces seniors redessinent les contours de la dernière partie de carrière — et poussent les entreprises à repenser leurs modèles de recrutement.
Patricia a 54 ans. Elle accompagne à 3/5e une PME sur ses enjeux RH. Et propose des massages shiatsu le reste du temps. C’est un choix, une vie professionnelle à son image et équilibrée : une activité plus intellectuelle et en équipe d’un côté, plus solitaire et physique de l’autre. Patricia n’est pas une exception : nombreux sont aujourd’hui les talents créatifs dans leurs pratiques professionnelles, en particulier les seniors.
Ces formes de travail sont notre quotidien chez Talent sur Mesure, qui accueille dans son vivier, place et guide des talents désireux de travailler « autrement ». Sur 7 000 personnes, 60 % souhaitent un travail à temps partiel, 25 % sont ouvertes au statut d’indépendant. Nous avons constaté une réelle évolution en 13 ans : si, au début, les talents s’excusaient régulièrement d’avoir un « parcours atypique », ils l’assument aujourd’hui davantage et valorisent tour à tour pause professionnelle, slashing, temps partagé, management de transition ou reconversion.
L’atypique entre dans la norme !
Cette réalité est d’autant plus marquée chez les seniors : la part des indépendants est proportionnellement plus élevée après 50 ans que dans les autres tranches d’âge, et le temps partiel progresse fortement à l’approche de la retraite (source DARES/INSEE – enquête emploi 2024).
Est-ce toujours un choix ?
Passé 50 ans, bien des talents estiment qu’ils ont déjà fait leurs preuves. Moins soucieux des titres sur leur CV, ils sont davantage dans l’efficacité réelle et aspirent à un plus grand alignement avec ce qu’ils aiment faire et ce qu’ils ont à transmettre. Ils optent plus facilement pour des formes de travail qui leur permettent de se libérer de certaines contraintes (subordination, jeux politiques…), de faire de la place pour d’autres passions ou engagements. La légitimité liée à leur expérience leur ouvre de nouvelles portes et leur permet, en particulier, d’intervenir en management de transition ou en temps partagé.
Pourtant, cette flexibilité n’est pas forcément un premier choix pour certains de ces seniors qui aspirent à trouver un CDI à temps plein qui tarde à venir ; c’est une manière d’attendre en restant utiles. Mais parmi ces talents, certains prennent goût à la liberté et à la posture de prestataire. C’est le cas de Jean, 58 ans, qui a commencé à proposer son expertise en finance et stratégie en temps partagé dans une période de chômage, il y a plus de 10 ans, et ne reviendrait au salariat pour rien au monde.
À l’inverse, d’autres s’engagent résolument dans le travail flexible et constatent, après quelques mois, que ce modèle ne leur convient pas. Changements de repères financiers, de posture, de rythme : cette flexibilité ne convient pas à tout le monde. C’est la raison pour laquelle, dans nos accompagnements à la définition d’un projet professionnel, nous partons toujours des besoins réels de la personne, de ses moteurs, de sa personnalité et de sa situation, pour trouver la forme de travail compatible avec ce qu’elle est — et avec ce que le marché peut réellement accueillir.
Anne, 57 ans, connaît bien ses besoins et l’engagement citoyen y joue un rôle : elle combine un rôle de commerciale à 4/5e et un mandat d’élue dans sa commune. Deux vies parallèles qui se nourrissent mutuellement, une variété d’actions qui la régénère et lui donne l’énergie dont elle a besoin.
Les évolutions de carrière ne vont cependant pas toutes dans le sens de l’indépendance. Nous observons en fait une réelle porosité entre les statuts et les formes de travail, selon les périodes, les opportunités, les tranches de vie, les contraintes familiales…
Christophe est DRH indépendant à temps partagé depuis de nombreuses années et son emploi du temps est bien rempli ! Chez lui, comme chez bien d’autres, le CDI n’est plus perçu comme la sécurité absolue. Son activité s’articule donc aujourd’hui en fonction de la maturité des projets : il peut consacrer un 3/5e à une création de fonction RH au sein d’une entreprise, puis réduire progressivement son temps d’intervention au gré des progrès de la mission, recruter son successeur et passer à de nouveaux défis
Une aubaine, et un défi !
Cette multiplicité d’offres de la part des seniors est une chance réelle pour les organisations. Elle permet aussi bien d’accéder à des compétences pointues sans avoir à les financer à temps plein ni sur le long terme, que de recruter un talent dont l’expérience entrepreneuriale est rassurante pour un dirigeant qui se sentira moins seul… Sans oublier que, pour les CDI, nos clients nous le confirment souvent : le turnover est moindre chez les seniors ou chez les personnes qui ont choisi le temps partiel. Cette fameuse « dernière partie de carrière » est souvent l’occasion de s’engager pleinement pour terminer en beauté, et les talents que nous plaçons autour de 58-60 ans le disent : ils ne vont pas quitter leur poste au bout de deux ans pour aller voir ailleurs !
Au moment de recruter, le défi est donc, pour les entreprises, de sortir du clonage et de s’autoriser à répondre autrement à leurs besoins. Chercher le même profil que le précédent, se méfier d’un CV qui a bifurqué : ces réflexes font passer à côté de profils riches. Un parcours non linéaire est souvent le signe d’une capacité d’adaptation, d’une autonomie construite, d’un regard nourri par des contextes variés. Quand les projets des talents et des organisations se rejoignent, cela peut les amener loin !