Faillites d’entreprises : encourager l’entraide
Petits ou grands entrepreneurs, tous ont la culture d’entreprise. Pour encourager cette culture, les gros peuvent aider les petits.
61 000 faillites d’entreprises en 2024 et autant de dirigeants d’entreprise qui se retrouvent sans emploi et le plus souvent sans aucune assurance chômage. Cette hausse a généré une communication inédite sur un sujet d’ordinaire cantonné à la presse économique. Rappeler d’abord que cette hausse se traduit surtout par un rattrapage : de 2019 à 2024, on a compté en moyenne 42 000 faillites alors que sur les 5 années précédentes, la moyenne était au-dessus de 50 000. Statistiquement et dans la durée, la moyenne du nombre de faillites est plutôt en baisse.
Repenser la fiscalité
Même relativisée, cette recrudescence du nombre de faillites est à prendre au sérieux. Premier constat : la difficulté à survivre sans les aides. Les entreprises ont bénéficié du PGE pendant la période Covid et le nombre de faillites a chuté. Aujourd’hui qu’il faut rembourser, les petites entreprises sont prises à la gorge. Question : pourquoi ces petites entreprises ne peuvent-elles pas survivre sans aides publiques ? Ne serait-ce pas simplement parce qu’en régime de croisière, elles paient structurellement trop de charges ? Depuis la guerre en Ukraine, on découvre l’enjeu crucial de l’énergie dont les variations de prix peuvent mettre une entreprise à terre. Mais il y aussi le coût du travail abondamment débattu, mais jamais remis en question : exception faite des exonérations de charges sur bas salaires qui ont doublé le nombre de smicards en 10 ans, la France est le pays dont les entrepreneurs paient le plus pour le travail et dont le salaire net est le plus faible pour les salariés : tout le monde y perd, y compris l’Etat en déficit. Beaucoup moins débattu est le sujet de la TVA : toutes les entreprises qui travaillent avec des clients particuliers (« B to C ») ont des surcoûts allant au mieux de 5,5% jusqu’à 33%. Le taux réduit de 2,1% ne concerne que certains médicaments, la boucherie et la presse écrite. Il faudra un jour se rappeler que la TVA est certes l’impôt le plus lucratif pour l’Etat, mais le plus injuste pour ses citoyens. En contrepoint, la fiscalité sur le capital est non seulement simple et lisible, mais moindre que celle du travail : 30% avec parfois même des abattements. A quand le rééquilibrage ?
Regarder secteur par secteur
Viennent ensuite les disparités sectorielles. Certains secteurs sont capitalistiques, d’autres pas. Certains peuvent gagner en productivité, d’autres non, voire assurent de la qualité en étant non productifs (santé, soin, humain). D’aucuns relèveront que les métiers de l’humain peuvent gagner en productivité grâce à l’informatique et au digital. Nombre de petits patrons ou professions libérales témoignent du contraire : plus on informatise et on digitalise, plus on alourdit le temps administratif. Résultat : un ras-le-bol croissant de la paperasse. On peut illustrer cette disparité de situations sectorielles avec une situation qui nous touche tous : le bien-être de nos proches et la perspective de devenir nous-mêmes bientôt vieux et moins autonomes. Tout le monde sera donc a priori d’accord pour considérer cet enjeu comme vital dans une société vieillissante. Peut-on alors se satisfaire que ce soit l’Etat via la Caisse des Dépôts et deux mutuelles qui sauvent Orpea de la faillite après ses dérives de gestion pendant que la grande majorité des établissements non lucratifs à la gestion responsable peinent à boucler leurs fins de mois ainsi que tous les travailleurs à domicile contraints à jongler avec les distances et les contraintes horaires ? A l’opposé, l’économie française peut s’enorgueillir d’avoir des multinationales compétitives à l’échelon mondial et compte des secteurs comme la finance ou la tech certes plus risqués que d’autres secteurs, mais moins précaires que le petit commerce ou l’artisanat. Alors pourquoi toujours raisonner par l’impôt alors que le secteur privé peut s’entraider en laissant l’Etat à ses missions régaliennes ? C’est ce que propose l’économiste Benoît Borrits avec l’idée de SES, Sécurité Economique et Sociale destinée à concilier développement de l’emploi et renforcement du financement des entreprises. En mutualisant une petite part de leur trésorerie en amont au mois le mois, les secteurs les plus lucratifs pourraient aider les plus nécessiteux et les plus gros aider les plus petits et même encourager l’entrepreneuriat.
Société de confort ou société d’initiative
Car il est là le sujet : quelle société veut-on ? Une société toujours plus salariée avec de moins en moins d’entreprises en concentration et des auto-entrepreneurs qui vivotent s’ils n’ont pas un conjoint ou un job à côté ? Ou bien une société qui encourage l’autonomie des personnes, l’initiative, l’envie de faire, de créer, de surmonter ses peurs ? Encourager vraiment l’entrepreneuriat, c’est permettre à ceux qui veulent vivre libres et indépendants de pouvoir le faire en vivant de leur travail, à commencer par les agriculteurs qui nous font vivre et les petits commerçants dont on déplore la disparition dans les centres ville. Une société dont les décideurs passent la moitié de leur temps à s’écharper sur l’âge de départ à la retraite est symbolique d’une société de loisirs en vieillissement et en perte de vitesse. Une société qui veut construire l’avenir pense plutôt à encourager l’effort, l’initiative et à donner toujours plus de moyens à chacun de gagner en autonomie en conciliant liberté et sécurité.