Personal branding : un outil de réalisation de soi

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Entrepreneure, experte en personal branding et auteure de “J’ai peur mais j’y vais” (Dunod, 2025), Lucie Lebaz défend une vision exigeante et profondément humaine du personal branding. Pour elle, il ne s’agit ni de se «vendre », ni de se mettre en scène, mais d’oser s’incarner : dire ce que l’on pense, traduire sa valeur, et faire de sa visibilité un levier d’alignement identitaire entre soi et son activité professionnelle… pas d’ego.

Par PEOPLE AT WORK

Quand est née la nécessité du personal branding ?

Aujourd’hui, énormément de gens font des choses qui se ressemblent. Ce n’est plus votre produit ou vos compétences qui font la différence. Votre histoire,votre énergie, vos convictions, votre vision, votre personnalité doivent transpirer dans votre communication pour vous ressembler et être palpables. Votre communication ne peut pas être interchangeable avec celle d’un autre professionnel. Autrement, vous vous fondez dans la masse de votre secteur.

Pour qui est-ce devenu incontournable ?

C’est difficile d’y échapper. À l’échelle micro, un entrepreneur, un indépendant, un dirigeant… a besoin d’incarner humainement son entreprise. Depuis le COVID, le consommateur et le client ont besoin d’avoir une représentation humaine tangible à qui faire confiance. Les études le montrent : un CEO sera bien plus suivi sur les réseaux sociaux que sa page entreprise. L’humain embarque, l’offre est une commodité.

Vous dites dans votre livre que le « pourquoi » est la base de tout …

Quand on vient me voir, je demande toujours : Pourquoi vous voulez être visible ? Ce n’est pas une question piège. C’est une question de fond. Est-ce pour obtenir des clients tout de suite ? Construire une réputation long terme ? Réassurer ? Aussi, il est important de faire un travail intérieur de fond sur ses points de différenciation. Si on passe cette étape, la marque personnelle sonne creux. Si on souhaite construire une marque authentique, c’est indispensable. Autrement on tombe facilement dans la copie, l’improvisation sans stratégie et sans résultat, et une communication qui trahit ce qu’on est dans le fond.

Il est un chapitre intéressant dans votre livre, le drame de « l’inconnupreneur » … Racontez-nous…

Ce passage est l’un des plus forts : c’est le cas typique du professionnel excellent, compétent, sérieux… dépassé par moins bon que lui, mais plus visible. Ce n’est pas un drame, mais ça rend la vie très difficile. Et surtout, ça réveille quelque chose : qu’est-ce que ça vient piquer en moi ? Est-ce que je reste dans la frustration, la jalousie, l’amertume… ou est-ce que je décide d’agir ? La plupart du temps, vous êtes bloqué par un ego qui prend trop de place et cette voix intérieure, que j’appelle « Gérard », qui vous dit : “tu vas te ridiculiser”. C’est à ce moment-là qu’il faut agir malgré la peur.

Comment s’adapter aux codes sans se trahir ?

Les codes évoluent, ce sont des modes, tout comme l’algo. Il faut en prendre et en laisser. Et surtout bien connaitre son ADN de fond. Aussi, attention à l’homogénéisation. Quand je vois des contenus faits à 100% avec l’IA et qu’on me dit “je travaille mon personal branding”, pour moi ça équivaut à un vegan qui mange de la viande. Si vous déléguez votre com à 100% à un ia, vous flinguez votre créativité… et votre confiance en vous. L’IA est un outil merveilleux mais ça reste un outil, pas un penseur. L’IA ne vous invente pas ni vie ni une personnalité authentique. Par ailleurs, la créativité, c’est un muscle. La prise de parole aussi. Plus on en fait, plus c’est naturel.

Comment éviter les pièges du narcissisme ?

La frontière est simple : est-ce que je dis ça pour être utile ou pour me valoriser ? Ça peut me valoriser au passage, mais l’intention doit être de servir.  La marque personnelle a pour obtenir de créer du lien avec l’audience quelle vise et pour cela, il est indispensable de penser “utilité”. Par exemple, parler de ses fragilités/vulnérabilités peut être « non flatteur », mais utile aux autres et créer un lien encore plus fort avec l’audience.